Capsule No 176 - 11 Décembre 2017 - 4:07 - mp3 - bio

Pascale toussaint nous lit un extrait de Audrey H., paru aux éditions SAMSA.

Ma mère a réalisé le rêve - un rêve commun à l’époque - de vivre avec un mari prévenant dans une maison moderne. Elle restait dedans, fée du logis, tandis qu’il travaillait dehors. Tati exagérait à peine dans Mon oncle : l’homme quitte la « maison de poupée » dans sa belle automobile et l’on voit sa Pénélope en tablier de cuisine, chiffon à la main, courir derrière le véhicule et l’épousseter une dernière fois... L’automobile s’éloigne et disparaît, happée par la rue, la ville, la vie du dehors ; l’épouse modèle rentre alors en dansant dans sa jolie boîte. Elle sourit, elle est heureuse... On rit. Et pourtant, vingt ans plus tôt, la même scène nous faisait pleurer : c’est quand, au bout de leur misérable cavale, Charlot et sa compagne découvrent une facette éblouissante des temps modernes : une maison coquette et son couple richement assortis, le mari partant au travail et sa belle en tablier de cuisine s’empressant autour de lui. Après qu’il a disparu, la femme rentre en dansant dans sa jolie boîte, elle sourit, elle est heureuse. Charlot et son amoureuse les regardent, émerveillés. Ils rient et pleurent d’un bonheur possible. Mes grands-parents étaient Charlot, ils pleuraient. Et moi aussi, je pleure. Enfant, ne me suis-je pas projetée idéalement dans les sages aventures de Martine à la maison ? Marcelle n’a pas trouvé le mari prévenant, elle n’a pas eu sa « maison de poupée ». Elle n’a donc eu aucun mal à quitter son dedans pour aller au dehors nettoyer les maisons de poupée des autres qui avaient eu plus de chance qu’elle. Elle en a fait son rêve. Et Madame Vrancken, quel fut le sien ? Je rentre en douce et me réfugie dans le bureau, entre mes quatre murs tapissés de photos d’elle. Sa frimousse, son chignon, sa robe noire, son long fume-cigarette, ses Ray-Ban... Oh ! Quelle grâce, quel chic ! - Ma petite Audrey ! Je me tourne vers la porte. - Qu’est-ce que tu fais, Jean ? - Je te regarde, comme tu la regardes, elle. - Tu me trouves belle ? - Toi ? Mais oui ! De plus en plus belle. J’aime ta frimousse et ta fraîcheur ! Tu rends les autres jalouses, tu ne le vois pas ? Je crois que c’est vrai. Elles envient ma taille 40, mes seins hauts et mon ventre plat. - « Que je sois nue ou habillée, ramassant des pommes ou debout sous la pluie ? » - Arrête avec tes citations... C’est toi que j’aime. Toi ! Pas l’autre... - Alors je te plais ? - Oui ! Mais il faudrait savoir... Tu veux jouer à la poupée ou ... ( ) - Tu ne crois pas qu’une femme ne s’épanouit que dans la maternité ? - Tu recommences avec tes questions ? Tu n’es pas épanouie ? - Heu. Si. Je crois... Mais le directeur de la bibliothèque dit... - Il a des enfants ? - Cinq. - Tiens donc. On ne devrait pas laisser courir en liberté ce genre de phallocrate, de machiste, de sexiste. - Te voilà féministe ? - Toujours été !

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Un projet de L'Arbre de Diane ASBL.

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