Capsule No 61 - 28 Octobre 2013 - 04:23 - mp3 - bio

Lucien Noullez nous lit trois extraits de Sur un cahier perdu, livre de poèmes à paraitre en 2014 à L'âge d'homme.

Ce matin pour trouver le dieu froid
nous avons hésité à nous lever, mais nous
avons frotté nos rêves sur des visages et sur des pierres.
Puis, pour chercher le dieu des saintes,
nous avons déniché des pitreries d’oiseaux.
Les saintes ont ri.
C’était un bon moment de xylophone.
Pour le dieu juste et bon,
le créateur des puces et des étoiles,
nous avons réfléchi, mine de rien,
une herbe entre les dents, une chaleur au ventre
et le sommeil,
comme un grand chaudron,
nous a pris.


Je voudrais me coucher dans ta robe, cheval
comme dans un puissant tremplin
pour l’au-delà dans mes narines
et m’arrondir les jambes et m’arrondir les yeux
et pousser des soupirs à dévaler les ans.
Je voudrais me plonger dans l’encolure
t’embrasser comme te baisent les mouches
auprès de tes oreilles et répéter j’ai quatorze ans depuis toujours ;
j’ai quatorze ans je vais brouter la paille
hennir au loin, sabrer dans le désir.
J’ai quatorze ans, cheval, je sens la crinière affolée,
Je sens la paille et le noble fumier.
Je sens le galop, la sueur, mais à mon âge
le prophète Jonas était appelé à Ninive,
David était déjà planté devant le crime et la louange,
et le Christ avait déjà mis la famille en pétard.
J’ai quatorze ans et j’apprends à vomir.
Je ne sais pas comment on fait,
ma voix se couvre de cailloux,
j’ai mal, je crie, on me console et je vomis
les consolations, comme on pleure,
comme on dégage
des odeurs dans les chemises.
J’ai quatorze ans,
c’est impossible.
Je porte déjà des kilos
de mort
et je voudrais me coucher dans ta robe,
cheval.


Aujourd’hui l’autobus était plein de fumées.
On aurait dit qu’il allait s’envoler par l’intérieur.
D’ailleurs on y parlait toutes les langues
et toutes les haleines avaient formé
des nuages qui se collaient aux vitres pour alléger
sa cage d’os.
Aujourd’hui l’autobus rempli de nuages allait enfin partir
pour la patrie du bonheur,
celle des femmes aux mains rudes
qui rigolaient comme des gerbes.
Mais ça n’a pas marché.
Il faisait étouffant dans l’autobus.
Alors chacune s’est défait de son pays en descendant,
en rigolant un dernier coup avant de se faner dans le travail.
Chacune a repris son haleine et laissé sa patrie pour des patrons.
L’autobus n’était plus le même
mais les têtes couvertes de commérages et de travaux
le reprendront demain
et demain et demain encore,
jusqu’à ce qu’il s’envole
simplement vers les villages,
et les pays
qui méritent l’invraisemblance
d’exister.
Mais aujourd’hui, mon cœur,
le vieil autobus était plein de femmes fatiguées,
de langues étranges
et de misères.
J’avais si chaud, j’étais comme un fakir
et j’ai cru qu’il allait s’envoler.

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Un projet de L'Arbre de Diane ASBL.

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